Quelques termes linguistiques

Voir aussi le glossaire en ligne : http://alis.isoc.org/glossaire/index.html.

 

Affinité entre langues : « On parle d’affinité entre deux ou plusieurs langues, qui n’ont entre elles aucune parenté génétique, quand elles présentent certaines ressemblances structurelles (organisation de la phrase, vocabulaire général, déclinaison, etc.). Par exemple, les similitudes existant entre la déclinaison latine et la déclinaison russe sont dues à une parenté génétique puisque la grammaire comparée attribue aux deux langues une origine commune : l’indo-européen ; en revanche, les ressemblances entre le takelma et l’indo-européen sont dues, elles, à une certaine affinité. » ([Dubois et al. 1994]). Voir aussi Parenté linguistique.

 

Contact de langues : « Le contact de langues est la situation humaine dans laquelle un individu ou un groupe sont conduits à utiliser deux ou plusieurs langues. Le contact de langues est donc l’événement concret qui provoque le bilinguisme ou en pose les problèmes. Le contact de langues peut avoir des raisons géographiques : aux limites de deux communautés linguistiques, les individus peuvent être amenés à circuler et à employer ainsi leur langue maternelle, tantôt celle de la communauté voisine. C’est là, notamment, le contact de langues des pays frontaliers… Mais il y a aussi contact de langues quand un individu, se déplaçant, par exemple, pour des raisons professionnelles, est amené à utiliser à certains moments une autre langue que la sienne. D’une manière générale, les difficultés nées de la coexistence dans une région donnée (ou chez un individu) de deux ou plusieurs langues se résolvent par la commutation ou usage alterné, la substitution ou utilisation exclusive de l’une des langues après élimination de l’autre ou par amalgame, c'est-à-dire l’introduction dans des langues de traits appartenant à l’autre… » ([Dubois et al. 1994]). Voir aussi Affinité entre langues.

 

Dialecte : « Employé couramment pour dialecte régional par opposition à ‘langue’, le dialecte est un ensemble de signes et de règles combinatoires de même origine qu’un autre système considéré comme une langue, mais n’ayant pas acquis le statut culturel et social de cette langue indépendamment de laquelle il s’est développé : quand on dit que le picard est un dialecte français, cela ne signifie pas que le picard est né de l’évolution (ou à plus forte raison de la ‘déformation’) du français… » ([Dubois et al. 1994]). Voir aussi Langue et Idiome.

 

Famille linguistique ou famille de langue : « On dit que deux langues appartiennent à la même famille quand elles sont apparentées génétiquement, c'est-à-dire quand tout laisse à penser qu’elles se sont développées à partir d’une origine commune. Généralement, on réserve la dénomination de famille de langues à un ensemble formé par toutes les langues connues de même origine ; dans cet ensemble, les sous-ensembles constitués par certaines langues apparentées plus étroitement entre elles qu’avec les autres sont des branches ou sous familles. Le terme de groupe s’applique indifféremment à un ensemble de familles, à une famille, à un ensemble de branches d’une même famille, à un ensemble de langues d’une même branche : il implique que le classement n’est pas encore établi… » ([Dubois et al. 1994]). Voir aussi Groupe de langues.

 

Forme canonique : Forme d’une représentation textuelle définie par convention comme représentation unique. Par exemple, si 'e et é peuvent être équivalents dans certains cas, on peut considérer que é est la forme canonique. Nous utilisons cette définition de la locution pour des cas de représentations multiples dues à l’existence :

ð      de plusieurs saisies possibles d’un même terme donnant le même résultat visuel,

ð      de plusieurs encodages possibles pour un système d’écriture.

Nous n’utilisons pas cette définition de la locution pour les multiples formes possibles d’un même terme dues à l’absence d’une orthographe figée.

 

Groupe linguistique ou groupe de langues : « Le terme de groupe de langues désigne un ensemble de langues réunies pour une raison génétique, typologique ou géographique. » ([Dubois et al. 1994]). Voir aussi Famille de langues.

Homographes : On dit que deux formes sont homographes quand elles ont la même graphie mais des sens différents ([Dubois et al 1994]). Par exemple, le fils de Marc et les fils de coton.

 

Idiome : « Les linguistes considèrent que tout parler ou idiome est :

ð      soit une langue, utilisée par une population entière dans un ou plusieurs pays,

ð      soit une variante de celle-ci, propre à une partie de cette population, un ‘lecte’.

Si elle est propre à une région, elle est appelée alors dialecte, ou, s’il s’agit du parler populaire, de celui des classes moyenne ou de la forme châtiée, officielle, académique).

ð      soit, enfin, la pratique particulière caractérisant chaque individu, dite ‘idiolecte’.

   Mais l’usage général tend à réserver le terme langue aux parlers institutionnalisés des États-nations et à traiter tous les autres de dialectes ou à les affubler de termes péjoratifs comme celui de ‘patois’… L’univers linguistique est particulièrement instable et ses unités de base qui sont les langues et les dialectes, en perpétuelle évolution, peuvent amener les linguistes eux-mêmes à des analyses assez divergentes, ne serait-ce que sur la qualification et le dénombrement des unes et des autres. » ([Breton 2003], page 15).

 

Langue : « On reconnaît l’existence d’une plurarité de langues dès qu’on parle de langue française, anglaise, etc. Ce terme entre en concurrence avec les autres mots (dialectes, parlers, patois) qui désignent aussi des systèmes de communication linguistiques. La notion de langue est une notion pratique, mais complexe, introduite avant que la linguistique ne se constitue.

Langue écrite et institutions

   Quand on applique le mot aux pays modernes, les institutions et les habitudes donnent par énumération la liste des langues. Il s’agit alors de réduire les langues aux formes standard dont les utilisateurs, généralement pour des raisons extralinguistiques, considèrent que ce sont des langues. Les caractères définitoires de la langue peuvent être alors l’existence d’une tradition d’écriture et même de littérature, mais aussi le statut institutionnel. Selon que l’on fait intervenir celui-ci ou non, le nombre de langues est plus ou moins grand. Ce statut institutionnel peut exclure tout enseignement au moins officiel (c’est le cas du sort réservé à certains parlers) ou leur confère un rôle d’appoint (c’est le cas des langues qu’on peut présenter à certains examens en épreuves facultative : occitan, breton). En France, on ne reconnaît le statut de langue maternelle, à apprendre à l’école primaire, qu’au français standard…

Langue à formes écrites non enseignées

On parle aussi de langues là où il n’y a pas d’enseignement ou, en tous cas,  pas d’enseignement de certains systèmes linguistiques que l’on appelle langues (ainsi, au Sénégal, où l’enseignement est donné en français, le ouolof est une langue). On n’a pas toujours dans ce cas-là le critère de l’écriture pour dire qu’un ensemble de parlers locaux est une langue, par opposition à un autre ensemble voisin ou occupant la même zone qui est considérée comme une autre langue. Le critère qui semble le plus évident dans ce cas est celui de l’intelligibilité mutuelle, ou intercompréhension. On poserait comme principe que si deux personnes ayant des dialectes différents se comprennent en parlant chacun dans son dialecte, elles parlent la même langue ; sinon elles parlent des langues différentes. En réalité, l’intercompréhension est quelque chose de relatif : on ne se comprend jamais entièrement, on se comprend toujours un peu : un Bonifacien (de dialecte génois) comprend bien un Porto-Vecchiais (de dialecte corso-gallurais), mais l’inverse n’est pas vrai ; et entre un Porto-Vecchiais et un Cap-Corsin (ayant tous deux conscience de parler la même langue), l’intercompréhension sera possible par l’acceptation de la polynomie.

Un autre critère peut être l’énumération des éléments communs. On peut établir une liste du vocabulaire fondamental de 100 mots et établir la concordance de 0 à 100 p. 100. On pourrait sans doute procéder de même pour la morphologie ou la syntaxe, mais le problème est de savoir à partir de quel pourcentage d’écart on dira qu’il y a deux langues. Le problème est que le parler d’un village B sera proche de celui d’un village voisin A, celui de C proche de celui de B, et ainsi de suite jusqu’à Z, mais qu’il y aura un énorme écart entre les dialectes A et Z. Il y a très souvent continuité linguistique dans toute la zone des langues romanes, alors qu’on parle de langues différentes. De même, les isoglosses ne coïncident jamais entièrement, et il faut alors choisir entre les traits négligeables et importants…

En dehors des formes écrites, la définition des langues est donc compliquée, dans la mesure où la continuité linguistique est chose fréquente. » ([Dubois et al. 1994]). Voir aussi Idiome.

 

Langue grégaire : Terme sans connotation péjorative défini par Louis-Jean Calvet dans [Calvet 1987], page 80 et signifiant : « avec connivence ». Ainsi, une langue grégaire est « une langue de petit groupe, qui limite donc la communication à quelques-uns et dont la forme est marquée par cette volonté de limitation », par exemple les argots à clefs (verlan…), les registres sociaux, les formes linguistiques de classes d’âge ou les langues familiales. Calvet donne encore l’exemple de Français qui, travaillant aux Etats-Unis, utiliseraient le français entre eux (fonction grégaire).

 

Langue nationale : Langue dont le statut est variable d’un pays à l’autre : langue unique de l’école, de l’administration (Burundi=kirundi, République Centrafricaine=sango), langues régionales en nombre limité (Zaïre=4, Guinée=8), toutes les langues du pays (Burkina Faso=70), aucune des langues du pays (Tchad=0) ([Calvet 1999], page 54 et 55).

 

Langue officielle : Langue de fonctionnement de l’État, langue de l’école, des média, etc. ([Calvet 1999], page 54). « Sur 200 États souverains dans le monde, 160 sont officiellement unilingues au niveau national. Une trentaine sont bilingues, 7 trilingues (Belgique, Luxembourg, Bosnie, Érythrée, Rwanda, Seychelles, Vanuatu) et deux quadrilingues (Suisse et Singapour)… Certains États reconnaissent des langues officielles ou co-officielles au niveau régional. C’est le cas des deux pays officiellement multinationaux, la Russie avec ses 130 nationalités et leurs 55 entités autonomes, et la Chine pour ses 55 nationalités minoritaires et leurs 150 entités autonomes. L’Inde, résolument uninationale et authentiquement fédérale, liste, après ses deux langues officielles au niveau national, 18 langues ‘constitutionnelles’, dont la plupart sont celles des 35 États  et Territoires de l’Union. » ([Breton 2003], page 31).

 

Langues parentes : Voir Parenté linguistique.

 

Latin : Systèmes d’écriture incluant les lettres latines et les différentes lettres, symboles et signes diacritiques ajoutés et utilisés conjointement.

 

Parenté génétique : Voir Parenté linguistique.

 

Parenté linguistique : « La linguistique historique définit deux sortes de parentés, l’une historique ou génétique, l’autre typologique. Deux langues sont apparentées génétiquement quand elles proviennent de l’évolution d’une langue unique. L’histoire permet parfois de fonder la parenté historique ; c’est le cas, par exemple, des langues romanes issues du latin. Plus souvent, la parenté est prouvée par comparaison ; c’est le cas pour le groupe de langues relevant de la famille indo-européenne. On peut établir aussi des parentés typologiques ; on constate ainsi que, dans certaines régions, des langues, différentes au départ, tendent à converger, à se rapprocher (contact de langues). Il se produit aussi des convergences fortuites, comme on en a constaté entre le tswana d’Afrique du Sud et le germanique (consonantismes ressemblants) ; de même, le takelma et l’indo-européen ont six importants traits typologiques en commun. On réserve le nom d’affinité aux convergences fortuites et celui de parenté dans l’hypothèse d’une origine commune. » ([Dubois et al. 1994]). Voir aussi Affinité entre langues et Contact de langues.

 

Parenté typologique : Voir Parenté linguistique.

 

Parler : Voir Idiome.

 

Syllabe : Dans ce document, nous employons le terme syllabe pour représenter la chaîne de caractères correspondant à la syllabe phonologique définie ci-dessous.

« On appelle syllabe la structure fondamentale qui est à la base de tout regroupement de phonèmes dans la chaîne parlée. Cette structure se fonde sur le contraste de phonèmes appelés traditionnellement voyelles et consonnes. La structure phonématique de la syllabe est déterminée par un ensemble de règles qui varient de langue à langue… » ([Dubois et al. 1994]).

 

Système d'écriture : Nous utilisons la locution système d’écriture dans le sens donné par le Grand Robert pour écriture : « Système de représentation de la parole et de la pensée par des signes conventionnels tracés et destinés à durer. » ([Rey 2001]).