GEOD
GEOD - 220, rue de la chimie - Bât C - 1er Etage - B.P. 53 - 38041 Grenoble Cedex 9
Téléphone : +33 4 76 51 46 27 et +33 4 76 63 56 51 - Télécopie : +33 4 76 63 55 52
Responsable : Jean-Francois SERIGNAT

ORION
Conception d'aides à la navigation dans les hypermedias sur les réseaux globaux
Programme de Recherche 1996 de l'ARASSH
(Agence Rhône-Alpes pour les Sciences Sociales et Humaines)

Résumé

Le présent projet a pour objectif la conception de cartes multimodales, un nouveau composant logiciel susceptible d'aider les usagers des réseaux électroniques mondiaux à s'orienter et à se repérer au cours de leurs recherches d'information. Cette recherche est motivée par le développement considérable que connaissent actuellement ces réseaux (exemple le World Wide Web sur Internet) et par le manque, dans les différents logiciels navigateurs commerciaux, d'aides graphiques, sonores et interactives avancées.

Les difficultés de ce projet, qui se situe dans le champ de l'ergonomie de l'interaction personne-machine, sont d'ordre conceptuelles beaucoup plus que techniques. La conception de cartes très spécifiques capables de représenter un espace informationnel hypermedia pour aider un usager non expert en informatique, ne peut être abordée avec succès que par une équipe pluridisciplinaire associant Sciences Humaines et Sciences pour l'Ingénieur. Les participants de ce projet apportent des compétences en Linguistique, Psychologie, Sociologie, Géographie, Sciences de l'éducation et Informatique.

Si les difficultés des usagers sont connues, on manque cependant de données empiriques caractérisant avec précision la manière dont ils parcourent les nouveaux espaces informationels. Le présent projet s'attachera donc dans un premier temps à recueillir des données auprès d'usagers dans un certain nombre de sites régionaux (Lyon, Grenoble, Annecy). Les usagers de ces sites seront ensuite associés à la démarche de conception des cartes multimodales. Le projet ira jusqu'à la spécification et la réalisation d'une maquette de test qui sera expérimentée et évaluée sur ces mêmes sites.

Les résultats attendus sont une meilleure connaissance des difficultés et comportements des usagers du Web pour ce qui concerne la navigation et le repérage, les spécifications de cartes multimodales interactives représentant une avancée sur le plan de l'ergonomie des logiciels, pouvant faciliter l'accès du Web à un large public - en particulier dans le domaine de l'éducation dès le secondaire - et conduire au développement de nouveaux logiciels navigateurs (browsers en anglais).

1) Présentation des partenaires

Ce projet sera mené a bien par des partenaires appartenant respectivement à l'Université Lyon II, à l'Université Joseph Fourier de Grenoble et à l'INRIA Rhône-Alpes. Ces partenaires s'assureront de la collaboration de partenaires associés de la région Rhône-Alpes mais aussi hors-région (notamment pour bénéficier de compétences et de sites d'expérimentation).

2) Objectifs du projet

L'espace informationnel accessible par Internet s'accroît sans cesse, permettant d'obtenir des informations distantes de plus en plus variées et en tous points du globe. Un des services qui se développe le plus rapidement est le World Wide Web (le réseau mondial ou WWW); contribuant massivement au succès d'Internet, il propose un mode d'accès à l'information de type hypermedia. Les moteurs de recherche couramment utilisés sur Internet, comme YAHOO ou ALTAVISTA répertorient plus de 60000 de ces serveurs d'information répartis dans le monde entier. Alors qu'il n'y avait qu'une centaine de serveurs WWW en France en 1994, plusieurs dizaines s'enregistrent maintenant chaque jour auprès de l'UREC, l'unité réseau du CNRS.

Un utilisateur inexpérimenté peut être rapidement perdu dans cet océan d'informations et avoir quelques difficultés à trouver ce qu'il cherche. En effet, la recherche d'informations sur le WWW combine deux techniques a) une recherche par mots-clés auprès des différents moteurs de recherche qui considèrent le WWW comme une base de données; b) puis une navigation hypermedia à partir des documents sélectionnés précédemment et conduisant de proche en proche aux documents finaux pertinents. Si la combinaison de ces deux méthodes permet effectivement aux recherches d'aboutir plus rapidement qu'en utilisant une des deux méthodes seule, il reste que ce procédé de recherche requiert de nombreuses compétences de la part des usagers.

Les études sur le comportement des usagers du WWW sont encore rares: on sait à peu près qui utilise le WWW, mais on ne sait pas comment il est utilisé. Dans ce domaine, les études pertinentes se sont concentrées sur les systèmes hypermedia clos [Caramel & al.,1992]; or le WWW est un système hypermedia ouvert, évolutif, réparti. Catledge et Pitkow, analysant des données recueillies au Geogia Institute of Technology, proposent trois classes d'usagers, un résultat qui illustre la tension entre recherche d'information (query en anglais) et navigation dont nous avons parlé plus haut: les usagers appelés "searchers" reprennent épisodiquement des séquences courtes, mais s'engagent souvent dans des séquences longues; les "general purpose browsers" n'ont en moyenne qu'une probabilité sur 4 de répéter des séquences complexes (inertie moyenne des usagers); les "serendipitous browsers" évitent systématiquement de s'engager dans de longues séquences de navigation, ils visitent superficiellement les sites. Dune manière générale, les usagers n'explorent qu'une zone restreinte à l'intérieur de chaque site parcouru. L'analyse retrouve également un résultat connu, les usagers ne traversent (traverse en anglais) que rarement plus de 2 couches d'hypertexte avant de retourner à leur point d'entrée. Enfin cette étude suggère que les pages personnelles sont utilisées préférentiellement comme relai dans la navigation et jouent ainsi un rôle d'index vers les autres sites. Cette étude illustre la nécessité qu'il y a de comprendre les stratégies navigationelles des usagers comme base à la conception de nouveaux logiciels navigateurs.

Le présent projet propose d'étudier la conception de cartes multimodales, un dispositif qui pourrait être adjoint aux navigateurs commerciaux pour aider les usagers inexpérimentés à s'orienter et se repérer au cours de leurs recherches d'information sur le WWW. Les cartes intègrent des représentations langagières et non langagières (images, gestes, graphique, etc.).

Ce concept de cartes multimodales est fondé sur trois séries de recherches: la psychologie de la navigation dans les espaces physiques, l'utilisation de cartes conceptuelles pour structurer les hypermedia et l'approche multimodale de l'interaction personne-machine.

Selon un modèle développé par Anderson at Wickens [Anderson, 1980], l'acquisition de connaissances navigationelles permettant de se repérer et de s'orienter dans le monde physique se déroulerait en trois stades : d'abord l'identification de repères visuels saillants (s'allient en anglais) dans le paysage, tels que constructions, arbres, statues etc. A ce stade nous pourrions reconnaître notre position relativement à ces repères. Le stade suivant serait caractérisé par l'acquisition de connaissances de type route, c'est à dire permettant de naviguer d'un point A à un point B en utilisant des repères. Le troisième stade impliquerait l'acquisition de connaissances de type vue générale (survey en anglais) permettant notre positionnement par rapport au monde comme cadre de référence (par opposition à un repérage égocentrique). Dillon, McHnight et Richardson [Dillon et al., 1990] ont discuté la possibilité d'appliquer ce modèle à la navigation dans les documents électroniques, c'est-à-dire dans un monde non plus physique mais informationel. En dépit de l'argument que les structures qui sous-tendent les medias électroniques n'ont pas la même qualité de transparence que dans le monde physique, de nombreux chercheurs se sont inspirés de ce modèle pour concevoir des aides à la navigation dans les hypermedias, par adjonction d'icônes comme points de repère dans les pages charnières, cartes des structures noeuds-liens, etc.. Deux critiques peuvent être formulées qui motivent le présent projet a) il y a peu de dispositifs navigationnels aidant l'usager à acquérir une connaissance de routes; b) les aides de type carte qui ont été développées ont surtout cherché à représenter les structures internes des hypermedias c'est à dire un réseau de noeuds et de liens. Or ces cartes sont très vite complexes pour des hypermedias fermés, au point qu'elles peuvent constituer un obstacle plutôt qu'une aide; elles ne peuvent convenir à un hypermedia ouvert comme le World Wide Web. De plus, la pensée s'incarnant dans le langage et le langage étant de plus en plus absent dans ce type de navigation, ces systèmes sont suspects de pauvreté voire de stérilité vis-à-vis de la possibilité de rechercher des informations efficacement et de les mémoriser.

Les cartes conceptuelles ont été utilisées pour représenter de manière semi-formelle les connaissances d'un domaine [Gaines, Shaw] et permettre ainsi de structurer les hypermedias (essentiellement éducatifs) en accord avec un modèle de cognition de ce domaine. Elles ont également été utilisées pour représenter les conceptions qu'ont les élèves de domaines scientifiques [Novak] afin d'aider les professeurs à préparer leur cours, ou aider ces élèves à organiser leur apprentissage. Si les cartes conceptuelles sont surtout utilisées pour guider la conception des hypermedias éducatifs, elles peuvent également être utilisées comme des aides à la navigation. Dans le cadre du projet TOURNESOL (voir ß4) nous avons développé et expérimenté un logiciel permettant une navigation conceptuelle dans un hypermedia éducatif: une carte conceptuelle, cachée à l'élève, lui permet cependant de naviguer d'un écran à un autre en suivant des associations de concepts non explicites dans l'hypermedia. Le projet Européen POLLEN (voir ß4) propose de développer des cartes conceptuelles interactives pour aider les élèves à se repérer dans les hypermedias éducatifs. Ces techniques peuvent inspirer le présent projet, mais devront être adaptées car le World Wide Web est en permanente évolution et présente donc un contenu hétérogène; de plus il n'a pas été conçu avec un but éducatif (on sait que la pédagogie repose avant tout sur le dialogue, c'est donc cette composante qui nous paraît essentielle ici).

La prise en compte de l'homme dans la conception d'un nouveau dispositif d'interaction avec l'ordinateur, suppose l'étude des modalités les plus adaptées à cette interaction: l'homme est plus fiable et plus efficace lorsqu'il peut composer avec ses cinq sens; or les logiciels navigateurs actuels sur Internet ne lui offrent pas la possibilité de les utiliser tous. Ils ne permettent pas une interaction multimodale. Il manque à ces logiciels en premier lieu la possibilité d'un dialogue en langue naturelle permettant à l'usager de préciser ses intentions de recherche et d'affiner ses buts. Il manque en second lieu des mécanismes de retour arrière rapides fondés sur des aides mémorielles. Tous ces logiciels ont également négligé la dimension vocale (reconnaissance de la parole et synthèse sonore) qui pourrait s'avérer précieuse avec l'élargissement des usages au grand public ; enfin ils n'exploitent pas suffisamment la modalité graphique qui pourrait apporter des aides plus efficaces pour le repérage et l'orientation des usagers.

L'objectif de ce projet est de concevoir un dispositif d'aide à la navigation pour les usagers du Web, qui puisse compléter les logiciels existants en proposant :

Auteurs cités dans le texte du projet :

Information sur les partenaires de ce projet accessible par Internet:

Université Lumière http://web.univ-lyon2.fr/

ECT http://web.mrash.fr/labo/ect
ECT (ex IRPEACS ) http://www.irpeacs.fr/

MRASH http://web.mrash.fr/

Université Joseph Fourier http://www.ujf-grenoble.fr/

CLIPS http://clips.imag.fr/

TIMC http://www-timc.imag.fr/

INRIA http://zenon.inria.fr:8003/welcome-eng.html

GIP Reclus http://www.mgm.fr/english/index_eng.html